A l'évocation de Satriani, deux écoles s'affrontent. Ceux qui sont tombé sous le charme de sa musique instrumentale et les autres.
Ces autres qui ne voient dans son style qu'une suite interrompue de notes sans âme ni relief, qui lui reprochent de n'avoir cédé ni au minimalisme rockni à l'hypnose techno.
Ces autres encore qui le taxe volontiers de "shredder" parce qu'il ose maîtriser des gammes pas tout à fait comme les autres.
Et qu'il va jusqu'à s'associer avec d'autres virtuoses du manche, pour organiser des concerts où la dextérité rivalise avec le brio.

Pour ceux-là, Joe Satriani est davantage un musicien qu'un artiste.

Pourtant, "shredder", Satriani se refuse à l'être.
Du moins dans l'acceptation péjorative de terme.
De " Not Of This Earth " à " Super Colossal ", l'ancien prof de guitare a prouvé que sa musique pouvait évoluer, en marge des modes et des formats radio.
Dans une interview accordée au magazine Guitare World, il y quelques années, à l'occasion de la sortie de " Joe Satriani ", il avait donné sa propre version : "Si tu joues de la guitare avec la bonne attitude, et que tu te fous de règles et des frontières qui sont temporairement imposées par des considérations commerciales, alors oui, tu es un shredder."
Élégante parade à la question d'un journaliste qui voyait en Satriani le meilleur représentant d'un courant censé englober tous les virtuoses de la guitare instrumentale des années quatre-vingts.
Et Satriani, afin de se démarquer, d'ajouter : "Neil Young est un shredder. Les Smashing Pumpkins aussi. Ils n'ont rien à voir avec Allan Holdsworth ou John McLaughlin, mais ils ont la même attitude. Lorsque McLaughlin exécute une pièce, sa seule ambition est de l'exécuter le mieux possible ; ce qui transparaît, c'est sont amour de l'instrument et sa volonté d'abattre des murs.
Je crois que le rock alternatif aspire à la même chose. C'est simplement une forme sonore différente."


Ausens strict, "shred", en anglais, signifie : "lambeau" ou "déchiqueter". Cependant, au début des années quatre-vingt, le terme a été banalisé pour designer un certain genre de musiciens, les uns issus du jazz-rock, les autres du métal. Leur point commun : la virtuosité dans la guitare instrumentale. Inévitablement, Joe Satriani allait donc être non seulement associé à ce courant, mais surtout hissé au rang du chef de file de la shred music.

Quelle ironie, alors que, quelques année plutôt, le punk-rock anglais s'était employé à combattre tant la virtuosité que la "guitar attitude". Sa connotation péjorative, le terme "shred" le doit précisément à cette fameuse "guitar attitude". Mais dans cette cour, Satriani n'a jamais joué. La musique qui jaillie de l'esprit de cet ancien prof est simplement le fruit d'une recherche approfondie sur l'étude des gammes et des sons. D'ailleurs, il suffit de l'entendre se plaindre des journalistes "obtus" qui, chaque fois que sort un de ses albums, l'emmerdent régulièrement en l'accablant de questions technico-techniciennes.


JOE SATRIANI LUI MEME

Joe Satriani évoque dès la première écoute, une impression de totale maîtrise de son instrument, du son, et de la technique "guitaristique". Blues, métal, rock, funk, musique classique, musique ethnique, musique indienne, extrême orientale, africaine, ... telles sont les influences du mage. On retrouve chez lui du Hendrix, Jeff Beck, John McLaughlin, Jimmy Page, Ritchie Blackmore ou Alan Holdsworth. Mais la copie de chacun de ces styles est toujours évitée. Même si, au pied levé il a souhaité retrouver le groupe Deep Purple abandonné par son leader en pleine tournée au Japon (2 décembre 1993 - juillet 1994), Il n'a jamais cherché à copier le style de Blackmore ! Joe débute au piano, puis poursuit à la batterie avant de se mettre à la guitare. C'est le jazz et Duane Eddy qui le propulsent vers une carrière de musicien. Le Wes Montgomery, Charlie Parker et autres Miles Davis ou John Lee Hooker viennent compléter ses influences, suivis de près par les groupes de hard-rock des années 70, comme Led Zeppelin, Van Halen ou Black Sabbath. Enfin, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Eric Satie et Bela Bartok dont les travaux furent abordés en université, constitue chez lui un parfait conglomérat influent. Restait à couvrir le patrimoine musical ethnique, fidélisé par des auteurs moins connus, mais tout aussi présents dans les références de Joe.

Côté matériel, l'Alien ne fait pas dans la simplicité, multipliant ampli et effets. Cependant, il est important de retenir les constantes : une guitare Ibanez Modèle Joe Satriani aux micros Paf Pro et Paf Joe DiMarzio modifiés, qui rentre dans une whawha Dunlop CryBaby, puis dans une Whammy Digitech, et dans une pédale Boss DS-1. Côté Ampli, c'est en majorité des têtes Marshall 30ième anniversaire, ou des Mesa Boogie Dual Rectifier... Mais maintenant Joe est à Peavey et il a crée son JSX qui le suit partout... Enfin, composantes essentielles du son "Satch", le chorus Boss CE-3 et un Delay digital Chandler intégré à la tête d'ampli.

Depuis plus de vingt ans maintenant, Joe Satriani reste fidèle à son style, tout en essayant de faire évoluer sa musique. D'une grande précision, Joe allie toucher et rapidité, affichant un jeu legato caractéristique apportant fluidité et mélodie aux diverses parties solo. Ses rythmiques incisives ou fondée sur des arpèges assez complexes viennent s'enchaîner à des morceaux complets joués uniquement en tapping. Et quand Monsieur Satriani se met au Blues, il excelle autant qu'un King qui ne fait que ça depuis 40 balais... L'écoeurement atteint son paroxysme lorsqu'il clame, sans fierté, qu'un jeu aussi complexe et varié lui est naturel. Et s'il a cessé depuis longtemps ses activités d'enseignant, il a toujours continué à apprendre lui-même : apprendre à jouer le plus simplement du monde, en appliquant la politique du moindre effort, et aller à l'essentiel pour l'intensité de l'expression. "Super Colossal ", dernier opus en date, n'est en somme que l'aboutissement d'une évolution permanente. Parlons alors de phénomène, ou alors montrez-m'en un, que je sache à qui j'ai à faire...

Avec plus de dix millions de ventes de 11 albums solos (deux de platine, quatre d'or), 13 nominations aux Grammy Awards,3 DVD de Platine, l'historique G3 qui continue de tourner chaque années, c'est un colossal et superbe accomplissement sans précédent. Pourquoi ? car Joe Satriani n'est pas seulement un guitariste, ni même un shredder, mais un magicien de la musique, qui au fil du temps est parvenu à maîtriser mieux que quiconque le sublime instrument qu'est la guitare...





     
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